Cuzco et le Machu Pichu

récit de voyage no 8

  De Andahuaylas à Cuzco il faut environ 9 h. 30 de bus. Bien que le paysage semble une fois de plus spectaculaire, nous n'avons pas trop le coeur à l'admirer. Entre Pascal qui, une fois de plus durant tout le voyage, se concentre et serre les fesses pour ne pas courir aux toilettes toutes les  cinq minutes  et moi qui suis pliée en deux pour cause de coliques d'estomac, nous  faisons un beau couple. En plus en chemin nous crevons, heureusement le chauffeur semble être un expert et en deux temps trois mouvements la roue est changée et le voyage continue.

 

Quelle aubaine, alors que nous étions à Andahuaylas nous avons, sur les recommandations d'un péruvien, fait la réservation d'un hôtel à Cuzco. Lorsque nous arrivons à Cuzco nous n'avons plus qu'à sauter dans un taxi qui nous amène à l'hôtel. Pascal a mauvaise mine et sans tarder nous déposons nos bagages et allons tout de suite consulter un médecin qui se trouve, pur hasard, dans la clinique nommée "Peruano Suiza", à croire que c'était prédestiné. La doctoresse sympathique et dynamique nous fait faire sans tarder des examens et très rapidement décrète que Pascal doit impérativement passer une nuit à la clinique car les résultats sont fermes : salmonelles et parasites, quant à moi même si je n'ai qu'une petite infection,  je préfère dormir à la Clinique auprès de Pascal.  Et c'est ainsi qu'à peine arrivés à Cuzco, nous nous retrouvons, sans même nous en rendre compte, allongés chacun dans un lit, non dans un hôtel, mais dans une clinique privée où médecins, infirmières, aide-infirmières nous bichonnent durant 22 h. 

 

Durant ce temps Pascal aura droit non à un pisco sour (coctail péruvien à base d'eau de vie de raisins) mais à un cocktail d'antibiothiques par intra veineuse.  Malgré nos nombreuses années de voyage, nous ne relâchons pas nos mesures de prudence culinaire mais comme la salmonelle de Pascal le montre, il est difficile de maitriser tous les paramètres, c'est le risque du métier de "voyageur chronique" !

 

CUZCO  3326m.  Sommes-nous encore au Pérou ? Hôtels de luxe avec suite et  spa à CHF 2000.- la nuit, de nombreuses boutiques digne de l'avenue des Champ Élysée ou de la rue du Rhône ! Touristes à gogo. Restos pour tous les goûts et tous les prix. Agences de tourisme à tous les coins de rue. Cars de touristes sur tous les sites. Nous nous demandons d'ailleurs comment tous ces agences, restos tournent tant la concurrence est dure.

Quel contraste ! Et pourtant tout porte à croire que nous n'avons pas changé de pays, dans les rues les mamitas avec leurs habits de couleurs sont toujours là et nous avons droit comme tous les dimanches sur la Plazza de Armas au fameux défilé militaire.

Il faut reconnaitre que Cuzco est une très belle ville, ce n'est pas étonnant qu'elle soit aussi prisée par le tourisme. L'effet enchanteur de Cuzco est immédiat. Cuzco est la plus ancienne ville d'Amérique du Sud ayant été continuellement habitée, et la capitale archéologique incontestée du continent. Ici, tout se mêle, l'architecture, l'histoire, l'art, la religion, la musique, le mélange des cultures espagnole et inca. Pas le temps de s'ennuyer entre les ruines, les églises, les musées, les Plazzas, les différents marchés et restaurants. Étonnamment, avec les hordes de touristes qui viennent visiter Cuzco durant toute l'année, les habitants restent accueillants et sympathiques. Nous nous plaisons à déambuler dans les charmantes ruelles pavées aux maisons coloniales ornées de balcons en bois finement ciselés, beaucoup d'entre elles ont de magnifiques cours intérieures, de quoi faire rêver les artistes. Il y en a pour tous les goûts. 

Une visite au MACHI PICCHU s'impose mais cela se mérite et ruine notre mini budget de backpacker. Le seul accès au site coût CHF 42,- / pers. et cela ne comprend pas les deux sommets entourants les lieux (ceci nous l'apprendrons plus tard). Il n'y a pas d'autre possibilité que de prendre le train spécial touristes appartenant à une compagnie privée chileno-anglaise, billet qui coûte la modique somme de CHF 67.- / pers. aller/retour pour 50 km. Le train normal est réservé uniquement pour les locaux ! 

Nous devons nous présenter  une demie heure avant le départ. En gare, un train moderne est à quai. Le soleil tape au travers des grandes baies vitrées du plafond, sans air conditionné dans le wagon, nous cuisons à petit feu. Puis vient le grand show, en route une voix sur l'interphone annonce qu'une collation va être servie et nous demande de bien vouloir rester assis  durant le service. Un jeune homme bien habillé vient poser sur notre petite table un set en papier puis distribue à chacun d'une manière prestigieuse un minuscule paquet avec à l'intérieur un échantillon avec 2 chips, 2 petits morceaux de chocolat et une serviette, très utile ! Et plus tard la moitié d'un gobelet de thé, pas de quoi nous donner une indigestion !

 

Après une heure et demie de train nous arrivons à AGUAS CALIENTES (2410m), pour sortir de la gare c'est un vrai labyrinthe, nous sommes obligés de traverser un grand marché artisanal où les boutiques sont bien accolées les unes aux autres. Il est difficile de trouver la sortie ! A peine arrivés que tous nous avons déjà envie de prendre le prochain train pour repartir à OLLANTAYTAMBO. Aguas Calientes est une bourgade conçue uniquement pour le touriste. Elle est encerclée par d'imposantes parois de pierre et une forêt de nuages, au fond d'une profonde vallée en contrebas de Machu Picchu. Il semblerait que ce soit l'une des villes les plus touristiques du monde. Il y  a que des boutiques, hôtels et restaurants. Nous ne faisons pas deux pas sans être sollicités par des rabatteurs omniprésents, c'est saoulant. Comme par hasard ici c'est l'unique endroit au Pérou où nous devons soit disant payer une taxe dans les restaurants.

 

Pour passer le temps nous allons aux bains thermaux chauds, pour un moment nous fermons les yeux sur la couleur de l'eau ainsi que sur nos idées d'hygiène et nous nous concentrons sur le bienfait de l'eau chaude sur notre corps. Les bains sont remplis,  certains des bassins sont tellement pleins, c'est tout juste si on trouve une place. Expérience très intéressante, il y règne une ambiance sympathique, beaucoup des personnes qui se trouvent dans les bains, nous les rencontrerons le lendemain suant sur le site inca. Après le bain pour tuer les potentiels microbes nous nous offrons plusieurs apéros en profitant du Happy hour.

Le lendemain, réveil matinal prévu pour 5 heures. Mais à 4 h. nous sommes déjà réveillés par un groupe de jeunes bruyant qui s'apprête à monter à pied au Machu Picchu pour arriver à l'ouverture dès 6 h. Nous préférons prendre le bus.  Il est 5 h. 30, il pleut des cordes,  et il y a déjà la queue devant les bus montant au site. Pour 13 km nous payons CHF 7.20. Lorsque nous arrivons à l'entrée, très rapidement nous fuyons la foule et nous nous  dirigeons vers le sentier menant au Cerro Machu Picchu où 1 h. 30 de montée nous permet d'atteindre le sommet et de profiter de l'un des plus beaux panoramas du site. Mais au préalable, nous devons pleurer pour que le gardien nous laisse passer. Car personne ne nous a informé  que, même si ce sommet se trouve dans le site, il est payant et il faut réserver l'accès au préalable ! Nous sommes furax d'avoir été mal informés, heureusement le gardien comprend notre frustration et nous laisse finalement passer. Quelle chance, car pendant trois heures nous sommes tout seuls et pouvons admirer la beauté du site en écoutant les oiseaux chanter, un vrai bonheur. Finalement nous restons 10 heures sur le site tant il est fascinant.

 

Comment les incas ont pu construire un site si grandiose dans un cadre extraordinaire et spectaculaire demeure un mystère, et l'endroit ne peut pas laisser indifférent. On est pris par la magie du lieu. Durant la journée nous avons droit à plusieurs épisodes de pluie mais très vite le soleil réapparaît  et rend les couleurs du lieu mystérieuses, idéales pour la photo. Machu Picchu constitue le site archéologique le plus célèbre du continent. Il demeura pourtant inconnu des conquistadors et resta dans l'oubli jusqu'au début du XXe siècle. Cela n'est quelque part pas étonnant au vu de son emplacement dans une vallée longtemps isolée. Quel inca aurait pensé qu'un jour leur site serait visité par les habitants du monde entier ?! Toutes les nationalités sont représentées. Si la musique est un instrument de rapprochement entre différentes cultures, différents peuples, quelque part les incas par la beauté et la grandeur de leur site ont créé le même phénomène de rassemblement.

Après 10 heures passées à nous balader nous descendons cette fois-ci à pied (1 h.) à Aguas Calientes. Le temps de boire et de manger quelque chose avant d'aller au train, qui est supposé partir à 18 h. 45. Pas de chance, il semble qu'il y ait un problème technique et que le départ est repoussé. Tous les voyageurs craignent de passer une nuit de plus dans cette ville si peu sympathique. Finalement c'est à 22 h. que le train part. Si les prix sont européens le service reste péruvien ! Nous aurions préféré le prix péruvien et le service européen à tout choisir ! Nous arrivons morts de fatigue à minuit à OLLANTAYTAMBO où nous passons la nuit.

 

Machu Picchu vaut vraiment le détour même si nous restons dégoutés par le coût. Nous avons le sentiment d'avoir été des vaches à lait, constatation d'ailleurs partagée par la majorité des touristes avec lesquels nous avons parlé.  Petite comparaison, pour faire 300 km en bus  nous avons payé jusqu'à présent CHF 10.-, comparez ceci au coût du train et du bus et cherchez l'erreur. Le Pérou est encore un pays bon marché,  de vouloir forcer ainsi les prix à la hausse nous donne vraiment l'impression d'être devenu des DaD ( Distributeurs automatiques de Dollars) ! Il est vrai que le site est une merveille, mais ce n'est pas une raison de pratiquer des prix européens. Il me semble qu'il faudrait quand même respecter le coût de la vie du pays. 

 

En traversant la vallée sacrée pour rejoindre le Machu Picchu nous profitons pour visiter plusieurs sites et villages. Lorsque nous nous rendons à MARAS  (pour visiter les terrasses de Moray étagées en un profond amphithéâtre offrant un spectacle fascinant) nous avons la chance d'arriver juste pour la fête patronale, où la chicha  est offerte à gogo, il y a des danses costumées dans la rue, processions, musique locale, un vrai régal pour les yeux.

Puis nous partons sur OLLANTAYTAMBO (2800m) très joli village avec ses étroites ruelles pavées, dominé par deux imposantes ruines incas. Ce village constitue le plus bel exemple préservé de l'urbanisme inca, et fut constamment habité depuis le XIIIe siècle

 

Et enfin PISAC (2715m) village colonial bordant le fleuve avec sa forteresse inca perchée sur un piton rocheux, son artisanat et ses cuys !