De Chachapoyas à Chimbote

récit de voyage no 4

Ce n'est pas facile de quitter Chachapoyas où la vie est paisible et où nous nous sommes faits pleins d'amis voyageurs de tout horizons. Nous formons une chouette équipe, chacun avec son histoire.

Nous rejoignons Cajamarca en 10 heures de bus par une piste spectaculaire et vertigineuse, ce n'est vraiment pas le moment de penser aux momies, celles que nous avons vues au musée d'archéologie de Leymebamba le jour précédent. Par moment, il faut avoir le coeur bien accroché, car la route longe des précipices  vertigineux.  Le paysage est magnifique, on y croise des habitants habillés de leur costume traditionnel accompagnés d'enfants, de poulains, veaux, anons, moutons, un vrai régal pour les yeux.

Comparée à Chachapoyas, Cajamarca nous semble une ville très  dynamique au trafic intense.  Nous n'avons plus l'habitude d'un tel stress ! Après une bonne nuit de sommeil nous découvrons une ville coloniale intéressante et vivante blottie au fond d'une vallée paisible à 2700m d'altitude.

 

Ici il y fait plus chaud qu'à Chachapoyas pas besoin de bonnet ! En ville on croise autant les paysans habillés avec leur vêtements traditionnels, chapeau avec grand bord, (parfois on ne voit pas leur visage tant celui-ci est grand), jupe avec plusieurs couches de jupons, surmontée de panchos de toutes les couleurs d'où dépasse la tête d'un enfant pour les femmes, que de jeunes citadins élégamment vêtus de costard cravate. Quel contraste ! Les femmes "campesino" ressemblent à des poupées et lorsqu'elles vous interpellent de leur voix douce et gentille de "amitita", mamitita", "gringatita" c'est craquant.  Des églises majestueuses bordent la Plaza de Armas (eh oui il y en a une dans chaque capitale de district).

 

Les collines autour de Cajamarca regorgent d'or qui se présente sous forme de grains minuscules dont l'exploitation nécessite des techniques avancées et novatrices. Si cette exploitation gérée par une compagnie américaine est l'une des mines d'or les plus profitables au monde, elle l'est nettement moins pour la santé des habitants de Cajamarca. L'exploitation est réalisée par le lavage de vastes pans des montagnes avec une solution  de cyanure. Cette technique dangereuse utilise d'énormes volumes d'eau, ressource vitale pour les paysans. Ce qui cause la pollution des réserves d'eau ainsi que la disparition des poissons et bien sur des maladies mortelles. Une fois de plus que ne fait-on pas pour le fric et comme toujours c'est les pauvres qui en pâtissent.

 

Nous ne quittons pas Cajamarca sans passer par les fameux bains incas alimentés en eau thermale. Nous prenons une cabine privée où se trouve un grand bassin que nous remplissons d'eau chaude à notre convenance. Un vrai régal, il faut avouer que jusqu'à présent cela n'a pas toujours été facile de trouver un hôtel avec une douche ayant l'eau chaude fonctionnant correctement.

En parlant d'hôtel,  après les bains et une excursion de 3 heures,  nous désirons nous reposer un peu dans notre chambre d'hôtel. Mission impossible, nous nous trouvons devant une porte fermée. C'est dimanche et les propriétaires sont partis déjeuner dans leur maison qui se trouve en dehors de Cajamarca sans aucune permanence! Nous faisons le pied de grue devant la porte fermée de l'hôtel Santa Ana durant plus de 3 heures ! Après avoir demandé de l'aide à un policier qui ne peut malheureusement  rien faire pour nous, nous nous adressons au gardien d'un hôtel voisin, Hostal Don Juanita. Bien nous en a pris car Ismael connait la propriétaire pour avoir travaillé 6 mois dans son établissement. Il est tout content de nous aider, c'est un peu sa vengeance, cette femme est très près de ses sous et  paie à la fronde ses employés, raison pour laquelle il n'y a personne à la réception. Par chance il a le numéro de son portable et exige d'elle de venir tout de suite avant que nous déposions  plainte à la police. Finalement après 3h30 d'attente son mari arrive, et nous nous faisons immédiatement rembourser, récupérons nos affaires et prenons une chambre dans l'hôtel voisin qui pour le même prix est bien plus confortable. Inutile de vous dire que nous ne leur faisons pas de la bonne pub. Nous avons tout de suite envoyé un email à Lonely Planet pour leur en faire part. Dommage pour la propriétaire qui était si fière de nous dire que l'hôtel est cité dans ce guide de voyage.

L'une des raisons principales de notre détour sur la ville de Chiclayo est le Musée Tumbas Reales du Seigneur de Sipan qui fait, à juste titre, la fierté du nord du pays. Après 6 heures de bus, nous arrivons au bord du Pacifique, à Chiclayo, ville de peu d'attrait à part les dizaines de tombeaux recelant des trésors archéologiques mochicas et chimus qui parsèment les alentours. Le lendemain nous prenons un combi (mini bus) qui nous amène en 20 min à Lambayeque où le fameux musée se trouve. Cette pyramide bordeaux a été spécifiquement conçue pour exposer les merveilles de Sipan. Cette civilisation mochica s'étend de 100 a 800 A.D. (soit environ mille ans avant les incas), elle est réputée entre autre pour la beauté de ses céramiques.

 

Nous  découvrons une richesses en or incroyable, une finesse dans la joaillerie impensable. Le raffinement et la complexité des méthodes de fabrication de ces bijoux les placent parmi les plus beaux et les plus importants artefacts de l'Amérique précolombienne. Parmi les trésors exposés, les plus remarquables sont les plastrons en or figurant des créatures marines comme la pieuvre ou le crabe. Même les sandales du seigneur de Sipan étaient en métal précieux, puisque ce dernier se faisait transporter et n'avait jamais à marcher ! Incroyable ce que ces archéologues ont découvert. Il faut une sacrée patience et minutie pour faire ce métier. Ce musée est de toute beauté et est considéré comme le plus beau du Pérou et l'un des plus intéressant de l'Amérique de Sud.

Après 3 heures passées à admirer ces fantastiques  découvertes,  nous décidons de faire une petite balade au bord du Pacifique, histoire de nous rappeler que nous sommes aussi des marins. La plage de sable gris est déserte,  pas étonnant il ne fait pas très chaud et la mer est agitée. Cependant, alors que nous marchons le long des quais, semblant  sécher au soleil surgissent d'étranges formes alignées sur la plage . 

En s'approchant de plus près, nous découvrons d'étroites embarcations en roseau, qui n'ont pas l'air bien solides. Ces barques en roseau sont les copies conformes de celles figurant sur les poteries mochicas vieilles de 2000 ans. On les surnomme "caballitos de tortola" (petits chevaux en roseau) car les pêcheurs rament et surfent sur ces bateaux incurvés dont la durée de vie n'excède pas quelques mois, qu'ils chevauchent comme des destriers . Alors que nous regardons ces embarcations de près, un pêcheur, vêtu seulement d'un pantalon de training, d'un pull et d'une mince feuille de plastique noir,  après avoir chargé sa frêle barque avec son matériel de pêches (filets, ancres) se lance à l'assaut des rouleaux déferlants du Pacifique en pagayant. Cela nous donne froid dans le dos, pas seulement à cause de la température de l'eau mais également pour les risques encourus. Il a bien du courage ce pauvre pêcheur, peut-être ou sûrement n'a-t-il pas le choix!

 

C'est fou le nombre de restaurants de "pollo" (poulet) qu'il y a dans beaucoup de pays. A croire que le poulet devient l'alimentation de base. S'il devait y avoir une autre vie, voilà bien un animal dans lequel je ne voudrais pas me réincarner  ! A force de manger du poulet l'être humain va peut être un jour  voir  des ailes lui pousser.

    

Nous rejoignons Trujillo en 4 heures de route. Nous traversons un paysage sec, désertique et pas très accueillant. Le centre historique de Trujillo est haut en couleur, les anciennes demeures coloniales sont peintes de couleurs pimpantes.  Nous logeons dans un bel hôtel colonial. Ici nous retrouvons des restes de la civilisation  Mochica déjà croisée au musée du Seigneur de Sipan, nous visitons les temples du soleil et tout spécialement celui de la lune situé a 500m en plein désert. On y voit de superbes frises polychromes qui ont fait la réputation des Mochicas. Et dans le musée on peut admirer de belles céramiques.

 

Puis l'après-midi nous nous propulsons 7 siècles plus tard et allons cette fois-ci  sur les traces de la civilisation Chimu qui s'est développée entre 850 et 1500 . Chan Chan, la plus grande ville précolombienne des Amériques est la plus vaste cite en adobe (brique en argile mélangé à de la paille) de la planète, on estime qu'elle comptait plus de 50 000 habitants et couvrait plus de 28000 m².

 

Pour info, si vous souffrez d'arthrites,  faites le nous savoir, nous vous enverrons par courrier spécial un chien péruvien sans poil, connu pour sa température corporelle qui est plus élevée que celle des autres chiens et qui sert traditionnellement de bouillotte. Ils ne sont pas beau à voir mais sont très affectueux !

Ici au bord de la mer, il fait gris et triste malgrés les maisons au centre ville peintes de couleurs vives. Il est temps de retrouver le soleil et de remonter dans les montagnes. Au terminal de Trujillos alors que nous achetons notre billet de bus pour Chimbote, nous retrouvons à nouveau par hasard notre amie Inès, la fille de nos amis du club alpin. Ça tombe bien, elle retourne dans sa famille à Huaraz, capitale de l'andinisme péruvien. Nous voyageons ensemble jusqu'à Huaraz en faisant une nuit a Chimbote,  port de pêche important, entouré de désert, mais sans intérêt.