L'Amarre historique

L’AMARRE 

No 4                           4 février 1999

LE journal du bord qui paraît quand et il peut !

 

L’EDIT’EAU

 « Il n’y a pas de plaisir comparable à celui de retrouver un vieil ami, excepté peut-être celui de s’en faire un nouveau » 

(P. Van God, « Trismus pour l’aventure »). 

Quel beau cadeau que l’amitié,  qu’en pensez vous ? Chaque fois que nous recevons de vos nouvelles, TiTOM est en fête. Cela fait chaud au cœur de savoir que quelque part sur cette planète vos pensées nous accompagnent. Plusieurs d’entre vous nous ont écrit pour Noël  en mentionnant qu’ils seraient  au rendez-vous du 24 décembre à 19h. N’est-ce pas fantastique de penser que, des quatre coins du monde, pendant un petit instant, nous étions tous réunis ?

Si l’amitié prenait une plus grande place dans le cœur des gens, il y aurait certainement moins de solitude et de haine dans le monde. Un grand merci à tous pour la chance que nous avons de vous avoir comme amis.

TiTOM     

Potins mondains 

C’est du 25 janvier au 1er février que Christine et sa fille Agnès sont venues découvrir notre lieu d’hivernage, la Tunisie.

Après une première journée passée à visiter Monastir, port d’attache provisoire de TiTOM, c’est en voiture de location que, pendant cinq jours, nous avons parcourus le sud tunisien.

Et c’est avec regrets que nous avons vu repartir nos deux visiteuses.

 


Vie à bord

Décidément, la rédaction ne recule devant aucun effort, puisqu’à nouveau dans ce numéro et à la demande de nombreux(ses) lecteurs(trices) nous débutons une nouvelle rubrique, pour répondre à toutes les questions qui vous ont traversé l’esprit et que vous n’avez jamais osé poser !

 Au hit-parade de ces questions parfois surprenantes, celle-ci, réellement posée par un quidam sur un quai :

« Mais est-ce que vous dormez à bord ? »

Et bien, au risque de surprendre quelques personnes, OUI, et même très bien ! Confortable couchette double dans notre cabine, avec duvet douillet  pour nuits fraîches, et autre couchette double tout aussi confortable dans la cabine avant, où se trouve également une couchette simple (en taille mais pas en confort !).

Et qu’est-ce qu’on mange à bord, des sandwichs ?

Cela arrive parfois, avec l’apéro pour accompa-gner le coup de blanc sorti du frigo. Ici en Tunisie, nous mangeons une grande variété de légumes frais, arrivants directement du cultiva-teur au marché, et du poisson pêché du jour, ainsi que de la viande « goûteuse ».

Nous cuisinons au gaz, fourni par des bouteilles de 3 kg, qui durent de 3 à 4 semaines, suivant l’utilisation du four. D’ailleurs à l’instant où nous écrivons, le bateau embaume    la    tresse fraîche,  tout juste sortie de notre four !

Et les nombreuses invitations d’un bateau à l’autre permettent de concocter de fréquents gueuletons.

Et pour les... heu... comment dire ?... petits besoins ?

Bien entendu, nous avons des WC à bord, même si ils sont un peu différents d’à terre, puisqu’il faut actionner manuellement (avis aux grimpeurs, excellent pour les avant-bras) la pompe d’eau de mer qui rince la cuvette, et non simplement appuyer sur un bouton. Nous avons également une douche avec eau chaude, pour le plus grand confort nasal du bord !

Et avez-vous de l’électricité ?

En navigation, nos batteries, alimentées par panneaux solaires, éoliennes et bien sur moteur, nous four-nissent le courant nécessaire à notre éclairage, au frigo, à diverses pompes à eau, aux équipements de navigation tels que pilote, GPS, radar, sondeur, VHF, ainsi qu’à, très important pour le moral et le confort intellectuel de l’équipage LA CHAÎNE STEREO !

Et lorsque nous sommes à quai et raccordés au 220 volts, notre chargeur de batteries nous libère des soucis « courants », alors que les prises électriques réparties dans le bateau permettent d’utiliser aussi bien notre PC que tout appareil fonctionnant au 220 volts.

Notre poêle à mazout ainsi que notre petit chauffage électrique, branché lorsque nous sommes à quai, nous permettent d’affronter des froids polaires, même si il y a peu de chance d’en rencontrer cet hiver en Tunisie !

Bref, comme vous pouvez le constater, la vie à bord est tout, sauf spartiate, et lorsque nous sommes à quai, TiTOM est une vraie maison, avec tout le confort nécessaire, même si, en navigation, il faut faire preuve de plus d’économie avec l’eau douce et l’électricité. En résumé, à partir d’une certaine taille, un bateau, dès l’instant où il reste sec, peut être un endroit très agréable à vivre (avis aux amateurs !).

AVENTURES AU HAMMAM

De notre envoyée spéciale

 Situées au fond du golfe de Tunis, les sources d’eau bouillante de Korbous, qui jaillissent de la roche pour se jeter directement dans la mer, étaient déjà connues du temps des Romains. Et lorsque Georges avec sa Ritmo rouge à plaques vaudoises nous propose de nous y rendre avec Ali et Thibaud, Pascal et moi acceptons avec le plus grand plaisir. 

A peine arrivés, et malgré la mer agitée ce jour là, Georges se jette à l’eau, suivi des trois autres gars. Celle-ci est plutôt fraîche, mais devient bouillante contre les rochers, aussi la petite troupe ne s’y attarde pas ! Nous décidons alors de nous rendre au hammam local tout proche, où je dois me séparer de mes « bonshommes », les hammams n’étant évidemment pas mixtes ! ! !

Et me voici partie seule à l’aventure.  Je me retrouve dans une sorte de grotte très sombre où, dans chaque recoin, des femmes de tous âges et de toutes formes (on oublie aussitôt ses complexes) s’aspergent d’eau bouillante à l’aide de vieilles boîtes de conserve, se frottent, se massent, se lavent. Là, au milieu des vapeurs, perdue et complètement désorientée, je ne sais que faire, ni par où commencer. D’une part, je ne parle pas la langue et d’autre part, il me manque des accessoires tels que : seaux, boîte de conserve, lavette spéciale, savons, shampooings etc.... Heureusement que deux jeunes femmes ont vu mon désarroi et très gentiment viennent à ma rescousse. Je me joins à elles et me retrouve dans un endroit encore plus sombre, et dans une chaleur étouffante ! ! ! 

Elles me prêtent deux seaux, l’un pour le remplir d’eau bouillante sortie directement de la source et l’autre d’eau froide. Et c’est parti, je les imite, je verse et reverse et verse encore de l’eau sur mon corps. J’essaie également du mieux que je peux de communiquer avec elles,  en leur faisant des signes avec les mains, les yeux. Ouf !, elles ont enfin compris que je m’appelle Christa. Bien mal m’en a pris, car aussitôt dans tout le hammam mon prénom résonne. Moi qui voulait être discrète ! ! !

 Ce hammam n’a pas dû recevoir souvent la visite d’étrangères. Je deviens l’attraction du jour, il faut dire que les femmes, dès leur plus tendre jeunesse, apprennent à prendre soin de leur corps au  hammam, et moi je fais vraiment ignare ! Mais heureusement, mes deux égéries s’occupent  de moi comme des mères, et m’apprennent à me laver, m’asperger et me frotter. Elles me prêtent un savon, leur lavette spéciale, me donnent du shampooing, un vrai régal !  J’effectue sur ma personne un nettoyage de printemps. Que de couches de crasse enlevées,  c’est fou ce que l’on accumule comme peaux mortes. Je ressors de ce hammam transformée, douce comme je ne l’ai jamais été auparavant, et surtout rouge comme une écrevisse, tout en ayant découvert une merveilleuse complicité entre ces femmes, complicité que je n’avais encore jamais rencontrée. Dans ce monde exclusivement féminin je me suis sentie pleinement femme.

AU MOUILLAGE 

Dans ce numéro à nouveau, nos rencontres ont avant tout été faites dans des ports ou des marinas, la Tunisie et son contrôle côtier se prêtant également moins aux mouillages imprévus !

-La Goulette, port commercial de Tunis, ne se trouve qu’à 5 miles de Sidi Bou Saïd, mais les tarifs de sa marina en sont très éloignés, aussi après une courte navigation, à nouveau en compagnie de nos amis de SARABANDE (voir L'Amarre Nu 3), nous retrouvons-nous amarrés au même ponton. Le métro de Tunis, situé à 10 minutes à pied, nous permet de nous rendre facilement au centre ville, aussi les 3 jours passés à attendre une météo favorable sont mis à profit pour visiter la médina et quelques musées.

-Kélibia, sur la côte est de la Tunisie, est un port de pêche vivant et très animé, et lorsque nous y arrivons en compagnie de nos amis de SARABANDE,  quelle n’est pas notre surprise de voir de nombreux bateaux de plaisance déjà amarrés au seul quai prévu à cet effet ! Aussi, nous amarrons-nous à couple d’un grand voilier battant pavillon belge, sur lequel, à notre surprise, deux gars à l’accent suisse prennent nos bouts. Thibaud est le skipper de GAIA, la goélette belge amarrée le long du quai, et Georges celui de LONE GULL, vieux gréement en bois de 9 mètres battant pavillon suisse.

A Kélibia depuis déjà quelques mois, Georges a amené sa voiture de Suisse, tout en gardant la mobylette achetée lors de son premier passage en Tunisie. Généreusement, il nous la met à disposition. Et lorsque Pascal parcourt les routes sur son fier coursier, le roi n’est pas son cousin , mais on pourrait presque croire que les tunisiens le sont ! Et de fait, il passe complètement inaperçu. 

Ici, la mob est le dromadaire du pauvre, et à tous les coins de rue, on trouve un docteur es mob ! Si bien que, malgré l’âge respectable de la « dame », nous partons sans souci à la découverte de la campagne environnante.

Thibault, lui, malgré son jeune âge, est déjà depuis quelques années en mer. Avec l’association SOLARIS, sur un précédent bateau, il a participé à l’encadrement de jeunes en difficultés (voir notre article La mer, solution miracle ?). Et c’est maintenant sur son propre bateau, GAIA, belle goélette de 18 mètres, qu’il arpente la Méditerranée.

- El Kantaoui, marina touristique tout près de Monastir. Nous nous y arrêtons une nuit, histoire de couper la route entre Beni Khiar et Monastir. Et qui retrouvons-nous ? Franz sur VAMOS. Commençons peut-être par le commencement ! En été  1995 alors que nous amenions TiTOM de St Nazaire à Lyon, Christa est restée seule pendant deux semaines dans le port de Lagos au Portugal, le temps de trouver un skipper pour l’aider à amener le bateau jusqu'à Marseille, pendant que Pascal travaillait. Et c’est à ce moment qu’elle a fait la connaissance de Franz, la cinquantaine, d’origine suisse allemande, naviguant depuis plusieurs années en Méditerranée sur un bateau à moteur. Franz souffrait d’un genou, si bien que Christa lui faisait ses courses et lui, comme bon cuisinier,  concoctait de bons petits plats, jusqu'à l’arrivée de Jean-Luc, le skipper tant attendu. Ils se sont alors quittés, sans penser se revoir trois ans plus tard en Tunisie!  

 -Monastir, autres retrouvailles : Isabelle, Christophe et la petite Marion de Stellina, que nous avons rencontré en Corse (voir L'Amarre Nu 3), qui nous accueillent à bras ouverts lorsque nous faisons notre entrée dans la marina. Et ce sont à nouveau d’excellents moments passés ensemble, STELLINA hivernant également ici. Début janvier à leur retour de Suisse, nous n’avons pas pu nous empêcher, en bons suisses que nous sommes, de manger une bonne fondue, ainsi qu’un succulent papet vaudois accompagné d’excellentes saucisses aux choux et au foie. Cela fait du bien de temps en temps de penser au pays ! Et ces soirées se termine dans la bonne humeur autour d’une partie de Ligreto (jeu de cartes)

 

La mer, solution miracle ?

Dans le milieu maritime, des associations françaises comme La Baleine Blanche ou Fleur de Lampol sont bien connues. La première emmène, pendant quelques mois, des adolescents ayant des problèmes familiaux ou connaissant des difficultés scolaires à la découverte et à l’étude des cétacés sur les océans ; alors que la seconde, fondée par deux pères jésuites et marins français s’occupent plus particulièrement de la réinsertion de jeunes drogués par l’apprentissage de la vie en mer.

A Kélibia, nous avons rencontré Thibault, qui a travaillé de 1992 à 1995 avec l’association genevoise Solaris, association qui cherche à « réinsérer » des jeunes en rupture de scolarité. A partir d’un voyage sur un voilier, avec comme objectif l’observation des baleines et du milieu marin, Solaris a cherché à apporter à ces adolescents un moyen de s’épanouir, de découvrir leur potentiel. Vivre à 7 jeunes (de 14 à 18 ans) encadrés par trois adultes, et ce pendant 6 mois dans un espace restreint, oblige à une certaine prise de conscience. Apprentissage de la vie en commun, connaissance de soi, nouvelle perception de la nature, respect pour l’environnement, voilà quelques-uns des aspects de cette vie maritime. Si les apports positifs de cette expérience sont indéniables, l’absence de motivation de certains participants à ces voyages, associée aux difficultés financières ont provisoirement mis fin à cette aventure. Après trois ans et une vingtaine de jeunes reçus sur le bateau, le recul manque pour tirer un bilan de ces navigations encadrées, mais il est certain que pour ces adolescents, cette période de leur vie restera inoubliable. 

 

 

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