L'Amarre historique

Retrouvez-nous sur notre site      www.titom.ch               Le 25 avril 2008

  L’Amarre 39

LE journal du bord qui paraît quand et il peut !

 

L’EDIT’EAU

Préjugés : Lorsque l’on mentionne l’Afrique du Sud, le mot Apartheid nous vient à l’esprit ainsi que racisme entre  noirs mulâtres indiens, blancs afrikaans ou anglais. Et pourtant tout peut être sujet à préjugés. Le « trop » de toutes choses dérange. Trop petit, trop grand gros lent  rapide, trop différent de ce que nous considérons comme la norme. Mais d’ailleurs quelle est la norme ? La tragédie de la condition humaine est que c’est justement cet anormal qui rend la vie plus intéressante, plus riche, plus variée et en même temps génère les raisons principales de nos préjugés. La peur face à la différence nous conduit vers la haine et le racisme.

TiTOM

MAIS OÙ SONT-ILS DONC ?

 

En pleine traversée de l’Atlantique Sud, entre Walvis Bay (Namibie) et Salvador de Bahia (Brésil), et sur les traces de Napoléon avec une escale à Sainte Hélène !

TRAVERSEE DE L’OCEAN INDIEN

 Huitième et dernière escale : AFRIQUE du SUD (suite)

 La navigation en Afrique du Sud a plutôt mauvaise réputation. Chaque année il y a des récits de cargos qui se brisent en deux à la sortie du canal du Mozambique. Il faut dire que malheureusement les cargos n’ont pas toujours la bonne longueur par rapport à la distance entre deux vagues. Il arrive que, par une mer très formée, certains cargos se voient suspendus entre deux vagues. Sous la coque entre la proue et la poupe ce n’est que du vide, il est facile d’imaginer qu’avec une telle tension le cargo finit par céder et se casser en deux. Mais rassurez vous ce n’est pas le cas pour TiTOM qui par sa petite taille, telle une coquille de noix, passe une vague à la fois. Et d’autre part ayant comme plus grande richesse le temps et n’étant pas des casses cou, nous faisons du cabotage de port en port en nous assurant à chaque fois que la météo est favorable. Le passage de Durban à East London est supposé être le plus délicat car il n’y a pas d’abris entre ces deux ports. Ici le courant des Aiguilles se trouve tout prêt de la côte et peut parfois atteindre 5 noeuds. Si le vent se met à souffler du SW, le courant contre le vent peut lever une mer fort dangereuse, et nous pourrions nous trouver en face d’immenses vagues pouvant dépasser les dix mètres. Heureusement, notre descente se passe comme une lettre à la poste, et TiTOM se transforme en turbo des mers, du jamais vu (sauf en Indonésie où un très fort courant éjecta TiTOM entre deux îles…), cette fois nous frôlons les 10,5 noeuds, vitesse incroyable pour notre bateau. Nous qui avions l'impression de nous traîner, voici que nous battons tous les records sur une mer plate, le rêve. Incroyables les miles diminuent à vitesse V.

Dès notre arrivée à East London, nous louons une voiture et partons pour deux jours visiter le «Addo Elephant National Park » qui porte bien sont nom. A peine l’entrée du parc franchie que non loin de nous, nous apercevons une ribambelle d’éléphants venant se désaltérer dans une flaque d’eau. Plusieurs tout petits font partie du lot. C’est amusant d’observer les éléphanteaux qui ne savent pas trop quoi faire de leur longue trompe encombrante, trompe pourtant si précieuse et utile aux multiples atouts. Elle peut se transformer en douche en tout genre, paille, bras à rallonge, bras tendresse pour câliner et j’en passe, d’ailleurs ne dit-on pas que les éléphants ça trompent énormément !!! On dit les éléphants fort intelligents et ayant une mémoire phénoménale. En voilà un exemple : « Entre 1944 et 1968 Hapoor est devenu une légende. Durant cette période il était le seul et unique leader des éléphants d’Addo Park. Tous les éléphants ainsi que le personnel du parc le craignaient. Il a fallut 24 ans pour qu’un de ses semblables ait le courage de le chasser du troupeau. Alors âgé de 44 ans et ne supportant pas sa solitude Haopor a défoncé les barrières du parc, barrières qui durant 20 ans avaient fait leur preuve. Connaissant sa nature agressive les gardiens se sont vu obligés de l’abattre ».

Les zèbres sont également de la partie tout comme les autruches d’ailleurs. C’est fou ce que ces oiseaux ont l’air bête. Il n’y a qu’à comparer la taille de leur cerveau avec celui d’un éléphant pour comprendre qu’il ne doit pas y avoir beaucoup de matière grise dedans. Enfin on n’est pas responsable de la tête que l’on a, mais de celle que l’on fait !

Après avoir passé deux jours à terre, nous continuons notre périple et lâchons nos amarres pour Mossel Bay. Après une nuit de navigation lorsque Pascal prend la météo celle-ci prévoit des vagues de 6 mètres devant Mossel Bay, aussi nous déroutons nous illico sur Port Elisabeth. Nous n’avions aucune intention de nous arrêter dans ce port que plusieurs « yachties » nous avaient fortement déconseillé, car lorsque la mer est agitée, les vagues rentrent dans le port et la marina devient très inconfortable.

Mais nous n’avons pas vraiment le choix et à tout prendre préférons nous faire secouer au port que d’affronter une mer démontée. Finalement cela n’est pas si pénible que cela, au contraire nous faisons de charmantes connaissances et devenons même momentanément célèbres (cf Anecdotes). Une semaine plus tard nous sommes accueillis à Mossel Bay par un ballet d’otaries qui dansent et jouent autour de notre bateau. Cela tombe bien car aujourd’hui nous fêtons la St Valentin. Nous en profitons pour visiter le musée où une réplique de la caravelle de Bartolomeu Dias est exposée. Face à ces intrépides explorateurs, nous sommes de bien piètres navigateurs !

 Deux jours après, nous contournons la pointe de l’Afrique en passant pas loin des fameux et craints Cap des Aiguilles et Cap de Bonne Espérance, poussés par un vent modéré sur une mer plate, une fois de plus avec des conditions idéales. Quel soulagement lorsque nous arrivons à Hout Bay, petit port de pêche des faubourgs de Cape Town. Nous en avons enfin finis avec le capricieux Océan Indien et sommes à nouveau dans l’Atlantique. Lors de notre arrivée dans le port, la chance est avec nous car le vent d’habitude si puisant dans cette région, a momentanément daigné se calmer pour nous permettre de nous amarrer tout en douceur. Depuis lors il n’arrête pas de souffler à plein poumon. Comme nous nous trouvons au milieu d’un cercle de 12 montagnes son souffle est encore plus puissant.

 A part pour le vent, grâce à l’ambiance entre « yachties » nous nous sentons bien à Hout Bay, voilà bien longtemps que nous n’avions plus rencontré un tel esprit d’entraide. Notre voisin Rick, canadien, était très ami avec Bernard Moitessier, ils ont beaucoup navigué ensemble lors de leurs escales en Polynésie. Notre visa arrivant à échéance et notre ami Bernard R. nous rejoignant bientôt en Namibie, nous devons malheureusement poursuivre notre route.

 Après une rapide halte au Cap nous remontons lentement la côte ouest de l’Afrique du Sud. Bien qu’il ne fasse pas chaud dans cette région, nous découvrons avec enchantement la richesse de la faune aquatique de l’Afrique du Sud. Nous croisons beaucoup de baleines à bosse, d’ailleurs nous avons droit à la visite de deux d’entre elles qui, sans gène, font surface à 2 mètres de TiTOM. C’est impressionnant, notre bateau paraît tout petit à côté de ces mastodontes, il n’y a plus qu’à espérer qu’elles ne nous fassent pas un show d’adieu, avec leurs queue envoyant TiTOM valser sur les roses ! Les manchots et les otaries sont aussi de la partie. Tous les deux curieux et joueurs, ils tournent autour du bateau et nous ne nous lassons pas de les observer. Et puis il y a des centaines d’ oiseaux migrateurs, des blancs, des noirs qui, en escadrilles disciplinées nous tournent autour. L’Afrique du Sud nous a conquis par sa variété d’animaux terrestres et marins, de tous les pays visités jusqu’à présent c’est celui où nous en avons le plus vu.  

 LE COIN OÙ L’ON CAUSE  

   LA DEMOCRATIE EST ELLE APPLICABLE A TOUTES LES SITUATIONS ?

QUE DIRE DE L’AFRIQUE DU SUD ?!

 « J’ai chéri l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle tous vivent ensemble en harmonie et à chances égales ». Nelson Mandela

L’Afrique du Sud est un pays merveilleux d’une richesse et d’une beauté inouïes. On trouve de tout ici : infrastructures modernes, minerais, diamants, or, agriculture, parcs animaliers à la faune abondante. C’est aussi une société à deux vitesses, d’un côté les très riches, nous n’avons jamais vu un  aussi grand nombre de magnifiques demeures et de Mercedes, Ferrari, BMW, c’en est presque indécent (ou est-ce une société à l’ américaine, tout à crédit ?!), et de l’autre les très pauvres, ceux qui vivent dans les townships, la majorité d’ailleurs.

Nous découvrons que le racisme n’est pas seulement de blancs à noirs et vice-versa mais également entre blancs (afrikaans/anglais), noirs (zoulous, xhosas, swazis), ou entre communautés différentes (noirs, indiens ,mulâtres etc…), à ne plus savoir à quel saint se  vouer… Pas simple cette société basée sur la haine. Les cultures et mentalités entre ces différentes origines sont souvent diamétralement opposées. Les uns vivent avec une vision d’avenir et développent leur pays, alors que les autres au contraire vivent au jour le jour sans se soucier du lendemain, annulant ainsi les efforts des premiers, ce qui n’est bien sur pas idéal pour le développement du pays.

Nous ne sommes pas ici pour juger et n’en n’avons d’ailleurs pas le droit. Par contre l’on peut se poser la question, est-ce que la démocratie (le moins mauvais des systèmes selon Churchill) est adaptée à toutes les situations ?

Nous ne soutenons pas l’horreur que l’Apartheid a fait subir, car il n’y a aucun doute que ce régime était inacceptable au point de vue humain, et pourtant avec du recul on constate que les résultats obtenus par cette dictature sont tels qu’un pourcentage non négligeable de la population non blanche regrette la stabilité économique et sociale de cette époque. Bien sur nous pouvons toujours rêver d’une dictature juste (y en existe-t-il d’ailleurs une ?), une dictature où il n’y aurait pas de ségrégation de race ou de couleur, et où chacun serait traité également et humainement, une dictature où la corruption n’existerait pas. Est ce pure utopie ?

La vie d’un noir africain a toujours été beaucoup plus dure que celle d’un blanc. Les africains entre eux ne sont pas tendres. Ils ont l’habitude de se soumettre au grand chef du clan, au sorcier, à la famille, alors que les blancs eux sont éduqués de plus en plus de manière individualiste. D’autre part leur rituels ancestraux, leur tradition sont encore  très présents et ancrés en eux.

Leur croyance parfois archaïques et naïves peuvent même être dangereuses, exemple : le conseil donné aux hommes atteints du SIDA : pour guérir il suffit d’avoir des rapports sexuels avec de très jeunes fillettes vierges ! Imaginez, si chaque sidéen noir (30 % en Afrique du Sud) appliquait cette croyance, la contamination du SIDA augmenterait à une vitesse effrayante et les pauvres fillettes qui n’ont rien demandé se verraient porteuse d’un mal mortel.

Pour qu’une démocratie ait un sens réel et que chacun, blanc et noir, ait les mêmes droits sans discrimination et manipulation, la priorité est à l’éducation pour garçons et filles. Il est d’ailleurs prouvé qu’en général les résultats de l’instruction d’un garçon sont utilisés à titre personnel alors que ceux d’une fille sont bénéfiques pour la communauté entière. Car c’est par elle que l’éducation des enfants se fait.

Appliquer la démocratie à un peuple qui n’a jamais appris à vivre par lui-même et qui est ignorant est un non sens. Comment du jour au lendemain peut-il se prendre en main ? La démocratie n’est-elle pas justement la libre expression pour chacun des individus ?

Depuis la fin de l’Apartheid le gouvernement est noir avec toutes les rages et frustrations accumulées durant tant d’années, le balancier est passé de l’autre côté. La période est aux contentieux et à la vengeance. Le gouvernement a décidé que la priorité serait donnée à l’engagement de main d’œuvre noire, que tous les blancs propriétaires d’une entreprise devraient obligatoirement la partager avec un noir à 50%. Aujourd’hui les personnes ne sont plus engagées pour leur capacités professionnelles mais pour la couleur de leur peau ! Petit à petit l’Afrique du Sud se dégrade, les installations électriques n’étant plus entretenues commencent à se détériorer, tout comme d’autres infrastructures industrielles, les superbes routes, les habitations. La criminalité est en hausse, le fossé entre très riche et très pauvre est grandissant. De plus en plus de blancs voient leur fondement s’écrouler et se préparent à quitter leur pays, et l’arrivée au pouvoir du nouveau président de l’ANC n’annonce rien de prometteur. Quel gâchis ! A ce rythme, ce splendide pays va lentement mais sûrement retourner à un stade de développement comparable aux autres pays africains, et leurs années de gloire ne seront plus qu’un vague souvenir.

Nous espérons de tout cœur qu’un jour le contentieux entre noirs et blancs se règlera, qu’ils trouveront un terrain d’entente tel que l’imaginait Nelson Mandela, et que le balancier reviendra enfin au milieu du morbier.

Nous quittons l’Afrique du Sud tristes, tristes de savoir que quelque soit sa couleur ou sa race, l’être humain est bête et méchant et agit avec petitesse.

   

ANECDOTES

Le TITOM’s team devient une fois de plus célèbre !

Port Elisabeth (Afrique du Sud) :Une fois de plus nous avons à faire à des journalistes qui n’ont rien de mieux à se mettre sous la dent que de nous interviewer ! Après 2 questions et autant de photos du Titom’s team assis à la proue du bateau avec un verre à la main, l’article paraît dans un journal local le lendemain. Dommage que le verre n’ait été rempli que d’eau, le photographe aurait pu au moins nous offrir le champagne ! L’article bidon est publié avec une grande photo  pas très réussie, et ceci à côté d’une autre de la fameuse spice girls Britney Spear ! Très rapidement cet article fait son effet, les curieux du dimanche viennent nous rendre visite pour nous proposer leur aide ou nous faire de la pub. Le plus amusant est lorsqu’un couple dans la soixantaine nous rend visite avec le journal à la main, montrant qu’ils ont lu l’article. Seulement ils n’ont pas le pied marin, et pour venir nous voir il faut braver d’une part le vent qui souffle à plein poumon et d’autre part trouver son équilibre sur les pontons bancals. Imaginez cette charmante dame à 4 pattes s’agrippant à tout ce qu’elle peut trouver sur son passage, et tout cela pour nous dire bonjour et nous faire de la pub pour son agence de voyage… Nous avons aussi notre voisine de ponton qui a collé l’article dans un grand cahier et nous demande un autographe. Ah je vous dis, la célébrité !

Un arrière-goût d’Apartheid !

Cap Town, (Afrique du Sud) : On nous avait pourtant averti que la fonctionnaire blanche de l’office de l’immigration était une chipie. Elle est bien connue de tous les navigateurs étrangers. Mais la réalité dépasse la rumeur ! A peine lui présentons-nous nos documents qu’elle nous hurle dessus. Arrivés à Cape Town le samedi midi, nous ne lui avons rendu visite que le lundi matin, car devant quitter l’Afrique du Sud le mardi pour cause de fin de visa, nous voulions faire nos clearances d’entrée et de sortie en même temps. On se sent comme des criminels, elle menace d’ailleurs sans raison de nous arrêter. De la folie. Elle outrepasse ses droits et devoirs de petite fonctionnaire. Je ne peux m’empêcher de lui faire remarquer que l’Apartheid est du passé. Je n’ose pas imaginer sa conduite si nous avions été de pauvres noirs sans défense !

Mini budget mais fait le maximum

Walvis Bay (Namibie) : Pas d’argent pour louer un 4x4, pas d’argent pour dormir dans des Lodges, mais l’envie irrésistible de visiter la Namibie. En compagnie de Bernard L.R., après quelques recherches nous louons finalement une petite VW Golf et du matériel de camping, et départ pour de nouvelles aventures, terriennes cette fois-ci. Après 9 jours passés à admirer les merveilleux paysage de la Namibie et à vivre des moments intenses, nous sommes de retour sur TiTOM qui nous apparaît soudainement comme un palace. Plus besoin de monter et démonter la tente, de chercher du bois pour cuisiner, vider et remplir la voiture. D’être couverts de poussière. De ne rien y voir lorsque le soleil se couche. Plus besoin de chercher les chaussures du captain malencontreusement laissées dehors de la tente durant la nuit et bouffées par les chacals errants. Un lit confortable nous attend ainsi qu’une cuisine bien équipée… En fait tout est relatif, ce qui pour nous est un palace vous semblerait probablement exigu, alors que votre demeure nous paraîtrait être un paradis !  

Carnet des visiteurs sur

    Un pays de contraste

C’est en fait la signification du nom «Namibie».

L’Afrique, ces rues proprettes aux maisons de couleurs vives, cette Bäckerei Willy Probst où l’on peut se faire servir une Backwurst mit Kartoffelnsalat arrosée d’une chope de bière ? On se sent un peu «dépaysé à l’envers» en suivant la Bahnhofstrasse pour se rendre dans un supermarché aussi bien fourni et impeccablement propre que nos Migros et Coop.

Mais, au coin d’une rue, un groupe de femmes Himbas aux seins nus, couvertes d’argile ocrée, des petits enfants dans les bras, vend des statuettes et des bijoux. Contraste…

Sortis de ville, nous retrouvons l’Afrique de notre imaginaire, les routes de terre (par ailleurs excellentes), les paysages infinis de collines bleutées, les troupeaux de zèbres et de gnous, les groupes de lionnes et de lionceaux accompagnés d’un lion souverain et nonchalant, les éléphants du désert, leurs grandes oreilles papillonnantes, s’arrosant de leur trompe au bord d’un point d’eau.

Notre guide, un Samara enjoué et charmant, nous initie aux sons insolites de son dialecte à clics, claquements de la langue sans lesquels les mots perdent leur signification, tout en nous promenant dans les vallons et prairies verdoyants dominés par le Spitzkoppe (Chapeau pointu en Afrikaans). Namibie verdoyante ? Contraste encore ou même antinomie pour ceux chez qui ce pays évoque un désert aride et poussiéreux. Ces deux dernières années, il n’a en effet pas plu ici jusqu’à ce que les vannes célestes s’ouvrent miséricordieusement en début 2008, faisant fleurir le désert et se remplir les points d’eau. Namibie verdoyante, assurément une belle impression de ce magnifique pays. Ce qui nous a toutefois le plus touché, c’est l’accueil ouvert et chaleureux que nous avons reçu de tous ici.

Après avoir été colonie allemande de 1873 à 1915, puis colonie et protectorat Sud-africain, la Namibie a gagné son indépendance en 1990. Aujourd’hui, son économie nourrie par les mines, la pêche et le tourisme, ce pays qui compte 10 pour cent de blancs et une dizaine de tribus autochtones dans sa population s’est affranchi harmonieusement d’un autre contraste, celui de la discrimination raciale. Puisse-t-il continuer sur cette voie.

Bernard L. Reymond  

ESCAPADES

Cap Town : Arrivés à Cap Town nous retrouvons Alexandre et Barbara, un couple d’amis suisses. Alexandre nous a aidé il y a 12 ans à rapatrier TiTOM de St Nazaire au Portugal,  et  depuis  lors  nous  n’avions  plus  de leurs nouvelles.  Et c’est grâce à un ami commun qu’ils ont découvert que nous étions en Afrique du Sud. Quelle aubaine, voilà 3 ans qu’ils habitent ici et ils sont tout contents de nous faire visiter la superbe région autour du Cap. Tout d’abord ils nous emmènent voir par terre le fameux Cap de Bonne Espérance et son phare, celui-là même que nous venons d’arrondir avec TiTOM. Nous sommes heureux et soulagés de nous retrouver en Atlantique. False Bay est une grande baie ouvrant entre Cape Agulhas (ou cap des Aiguilles, point le plus sud de l’Afrique) et Cape of Good Hope (cap de Bonne Espérance). Il comporte plusieurs petits ports, et nous visitons Simon Town, principale base de la marine sud-africaine et proche banlieue baba cool de la ville du Cap. Son principal intérêt à nos yeux est sa réserve de manchots du cap , qui nichent sur une plage de sable blanc parsemée de gros blocs rocheux tout rond.

Venir à Cap Town et ne pas aller faire la route du vin serait une grave erreur, mais quel dommage que nous n’ayons consacré qu’une journée à explorer quelques caves. C’est dans les vallées de ces montagnes bleutées des alentours de Stellenbosh, de Frankschhoek, et de Paarl qu’on trouve le paradis sud-africain du vin. Au dessus du Cap est la principale région viticole d’Afrique du Sud appelée Boland. Son nom signifie « hautes terres », en références à ses chaînes de montagne pouvant atteindre 1500m d’altitude. Nous explorons les régions de Paarl et de Franschhoek, mais malheureusement n’avons pas le temps d’aller visiter la plus importante, celle de Stellenbosch, qui compte une centaine de domaines. A moins d’une journée du Cap, on compte plus de 200 vignobles. Et c’est dans quelques unes de leurs caves que nous dégustons et savourons des vins alternativement veloutés, capiteux, fruités.

Mais on ne saurait parler de la ville du Cap sans mentionner sa célèbre Table Mountain, qui domine la ville du haut de ses 1086 mètres, bloquant souvent les nuages qui forment ainsi un brouillard sur la cité. Un spectaculaire téléphérique tournant (comme le restaurant du Schilthorn !) emmène jusqu’à 900 passagers par heure sur son plateau sommital, d’où l’on découvre la ville et ses environs. Une jolie promenade d’une petite heure permet d’en faire le tour et de découvrir sur l’autre versant le petit port de pêche de Hout Bay, d’où nous avons exploré la région du Cap et où TiTOM est resté amarré dans la marina à l’ambiance chaleureuse.

Par contre la visite de Robben Island, ancienne prison au large de la ville où de nombreux prisonniers politiques, (dont le plus connu est certainement Nelson Mandela), ont été détenus pendant la période de l’Apartheid, nous a quelque peu déçu. Si l’embarquement côté Cape Town est entouré de salles de musée bien documentées, la visite de l’île s’effectue sous contrôle et à grands renforts d’explications frisant l’endoctrinement ! Si les horreurs commises pendant cette époque de l’Apartheid ne sont pas excusables, il y a certainement d’autres moyens d’en faire prendre conscience aux touristes visitant l’Afrique du Sud!

Walvis Bay (Namibie) : A peine notre ami Bernard L.R. arrivé que nous partons 9 jours explorer l’intérieur du pays. Nous louons une petite voiture et du matériel de camping et essayons d’imiter les Bushmans. Nous partons en direction du Damaraland pour admirer les différents sites de peintures rupestres (White Lady, Twyfelfontein), et nous visitons également un site bien préservé de bois pétrifiés, et un autre où les formations rocheuses ressemblent à des tuyaux d’orgue. Contrairement à l’image répandue de la Namibie au décor sec et aride , nous déambulons dans un environnement d’une beauté verdoyante, car grâce aux pluies exceptionnelles de cette année le paysage irradie de vie et de couleurs. Après les pistes de gravier du Damaraland, la bonne route goudronnée qui nous emmène au parc d’Etosha nous paraît sans surprise. Plus grand parc animalier de Namibie, la réserve d’Etosha couvre 22'000 km2 (soit plus de la moitié de la Suisse !) et a été créée en 1908. De ce fait, la faune semble très habituée à la présence humaine et se laisse facilement admirer. Quel spectacle émouvant que ces différents troupeaux d’animaux (éléphants, lions, girafes, gazelles, zèbres, gnous, etc…), tous accompagnés de leur petit à cette époque de l’année. On ne se lasse pas d’admirer la beauté et la richesse de la nature. Sur la route du retour, nous nous arrêtons pour une nuit au pied de la Spitzkoppe, montagne spectaculaire jaillissant du désert, dont les chaudes couleurs ocres nous envoûtent. Ouf nous sommes bien en Afrique !

Neufs jours, c’est bien peu pour explorer ce merveilleux pays aux habitants si charmants, mais cela nous encourage à y revenir plus longuement par voie terrestre une autre fois.  

NAMIBIE, pays de contraste

On nous avait prévenu que le long de la côte namibienne nous rencontrerions souvent du brouillard, créé par la différence de température entre l’air chaud du désert et le courant froid du Benguela qui remonte le long de la côte ouest de l’Afrique. Si dans l’hémisphère nord le printemps est en route, dans l’hémisphère sud c’est l’automne qui pointe son nez. Il fait un froid humide, on hésite à allumer le poêle. Sommes-nous vraiment en Afrique sous les tropiques ? Dis donc Captain, t’es sur que tu ne t’es pas trompé de destination ?!

Il suffit de se balader dans les rues de Lüderitz ou de Walvis Bay pour qu’une étrange impression de déjà vu nous saisisse. Puis notre malaise se renforce lorsque nous décidons de faire un petit arrêt à la boulangerie Willy Probst, où nous dégustons un chocolat viennois accompagné d’une forêt noire. Au loin le son d’une mélodie bavaroise se fait entendre. Cette fois plus de doute nous sommes en Europe. A première vue, nous devons nous trouver en Allemagne du Nord car nous sommes entourés d’otaries qui viennent régulièrement jouer autour de nous. Par contre y a-t-il des pélicans en Allemagne ? Ou est-ce du au réchauffement de la planète ? Et pourtant cela ne fait que 10 ans que nous sommes partis. Il est vrai que le réchauffement de la planète progresse à une vitesse inquiétante, mais quand même !

Lors de nos 2 jours de navigation entre Lüderitz et Walvis Bay nous sommes accompagnés 24h/24h par des centaines de dauphins qui nagent le long de la coque. La nuit, spectacle inédit, nos amis deviennent fluorescents grâce au plancton. Bien qu’il fasse un froid de canard ! et que nous soyons obligés de nous habiller de plusieurs couches de vêtements, la faune maritime en vaut la chandelle. Heureusement, l’intérieur du pays affiche des températures beaucoup plus agréables, et shorts et Tshirts sont ressortis avec le plus grand plaisir.

Si nous avons beaucoup aimé l’Afrique du Sud, la Namibie nous enchante encore plus. Nous sommes soulagés de voir qu’ici, contrairement à l’Afrique du Sud, Blancs et Noirs vivent en harmonie. Ce racisme primaire d’Afrique du Sud devenait pesant.  

JUSQU’OÙ IRA-T-IL ?

Arrivé mi-mai à Salvador de Bahia, TiTOM sera laissé au repos pour quelques semaines pendant que son équipage visitera par terre le sud du Brésil. Puis il contournera la pointe est de l’Amérique du Sud par petites étapes avant de rejoindre Cayenne, le Surinam et la Guyana. De là vers fin septembre, il rejoindra Trinidad où il coupera son sillage et bouclera ainsi la boucle.

Ensuite, les travaux d’entretien de notre fidèle coursier seront effectués soit sur place à Chaguaramas, soit à Puerto la Cruz, selon la situation politique au Venezuela. Et la suite du programme dépendra donc de cette inconnue, c’est à dire Noël soit aux Roques (Venezuela), soit autour de l’île de Tobago.

L'Amarre historique