

L’AMARRE
No 3 3 décembre 1998
LE journal du bord qui paraît quand et où il peut !
|
L’EDIT’EAU
« Le seul fait de rêver est déjà important. Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns. Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier. Je vous souhaite des passions. Je vous souhaite des silences. Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants. Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence, aux vertus négatives de notre époque. Je vous souhaite surtout d’être vous. »
Jacques Brel
|
Potins mondains Du 19 au 27 septembre, TiTOM a reçu à son bord Urs, arrivé le 19 au soir à BONIFACIO. C’est (bien sur !) sous un soleil éclatant que ce charmant port a été parcouru le dimanche matin. Puis, après une collation, le mouillage a été relevé, et c’est avec un bon vent mais sur une mer enfin calmée, après une semaine de coups de vent, que les îles LAVEZZI furent rejointes. Là, avec le pilotage de nos amis Frank et Anne de CABOCHARD, TiTOM s’est mouillé au fond de la Cala della Chiasa par 3 mètres d’eau turquoise à ras les cailloux. Visite de l’île et de son cimetière marin et baignades occupent ces deux premiers jours, avec plongée sous-marine en compagnie de Frank pour le « captain ». Puis c’est en flânant d’un mouillage à l’autre que l’archipel de laMADDALENA (nord de la Sardaigne) est parcouru. Une nuit à PORTO CERVO à l’abri d’un vent forcissant, et nous voilà déjà à OLBIA, où Urs doit reprendre son avion. |
Potins mondains (suite)
C’est également à Olbia que Christine nous rejoint le dimanche 27 septembre, pour une semaine relax. La baie LISCIA DELLE SALINE au fond du golf d’OLBIA accueille notre premier mouillage, accompagné bien sur d’une baignade ensoleillée. Puis des sauts de puce nous amènerons de criques solitaires en mouillages aux eaux toujours aussi turquoises, entre la côte sarde et les îles MOLARA et TAVOLARA. Petit rituel instauré par ces dames, le bain dynamisant du matin alors que le « captain » prépare le petit déjeuner. Et c’est à nouveau à Olbia que Christine nous quitte, ce dimanche 4 octobre, après une semaine chaude et ensoleillée, malgré quelques averses orageuses.
Ce samedi 24 octobre, c’est à l’aéroport de Cagliari, rejoint en bus depuis le port, que nous retrouvons Laurent (le filleul de Pascal) et son papa Lucien, venus nous rejoindre pendant la semaine de vacances d’automne.
Et l’après-midi, départ direct à travers le golfe de CAGLIARI, avec un bon vent du NW, pour la marina de PERD’E SALI. Cette semaine est un bon exemple de la météo méditerranéenne : ou pas ou trop de vent ! Si bien que nous restons 3 jours à PERD’E SALI, à visiter les ruines de la ville romaine de Nora, et à se balader dans les collines de l’arrière-pays. Ces sept jours ensoleillés se terminent quand même par deux mouillages et quelques bords ventés, même si nous n’avons pas parcouru un grand nombre de milles.
ANECDOTES
Encore une nouvelle rubrique dans ce numéro, qui vous racontera nos petites mésaventures, problèmes et autres événements sans importances, mais parfois assez cocasses !
Marina Puerto Vecchio (Corse)
Histoire d’un shérif
Nous passons une nuit paisible au ponton, quand soudain vers 4h30 le capitaine surgit de son profond sommeil en criant à perdre haleine « Je peux vous aider ?». Je me réveille aussitôt pour m’enten-dre dire «téléphone à la police et prend l’arme» (je tiens à vous rassurer tout de suite, nous n’avons pas ce genre d’engin à bord ! ! !)
Enfin j’exécute les ordres du capitaine, un peu saoulée par ce réveil plutôt brutal. Je fais semblant de téléphoner à la police. Pendant ce temps le capitaine ayant entendu des bruits de couverts, s’est métamor-phosé en Shérif méchant et se dirige d’un pas lent et courageux dans le carré (à l’arrière du bateau). Quant à moi, pointant mon nez dehors par simple curiosité, que vois-je sur le ponton d’en face, pour mon plus grand soulagement, un voilier italien démontant à grands bruits sa passerelle métalliques!
Sur ce j’appelle discrètement mon Shérif d’eau douce et timidement nous regardons le bateau italien s’en aller avant de nous recoucher un peu honteux! ! !
| Ils ont sûrement dû penser « Ils sont fous ces Suisses ». En tout cas pour ma part j’ai pu me rendre compte que mon capitaine chéri peu aussi devenir un méchant Shérif ! |
|
NOTRE ADRESSE D’HIVERNAGE :
BATEAU TiTOM C. & P. BOVAY
MARINA CAP MONASTIR B.P. No 60
5000 MONASTIR TUNISIE
Fax : + 216.3.46 20 66
LES ILES LAVEZZI
Ce petit archipel, encore très sauvage, dans la partie NE des Bouches de Bonifacio, fait partie d’une réserve naturelle terrestre et marine qui s’étend jusqu'aux pointes Sprono et Capicciolo sur la côte corse. Ses côtes très découpées possèdent un grand nombre de mouillages, et malgré le fait que toute cette zone soit encombrée par de nombreux écueils, beaucoup de bateaux y font halte en haute saison. Si l’île Cavallo a fait l’objet d’un développement touristique luxueux, mais heureusement assez discret, la réserve elle, est soumise à une réglementation sévère, certains de ses îlots étant même complètement interdits. L’une des deux îles principale, l’île Lavezzi, comporte deux cimetières, datant de février 1855, où la frégate La Sémillante, fit naufrage.
* Mais enfin, comment la chose s’est-elle passée ? demandais-je au patron qui, la tête dans ses mains, regardait la flamme d’un air pensif.
* Comment la chose s’est passée ? me répondit le bon Lionetti avec un gros soupir, hélas ! Monsieur, personne au monde ne pourrait le dire. Tout ce que nous savons, c’est que la Sémillante, chargée de troupes pour la Crimée, était partie de Toulon, la veille au soir, avec le mauvais temps. La nuit, ça se gâta encore. Du vent, de la pluie, la mer énorme comme on ne l’avait jamais vue... Le matin, le vent tomba un peu, mais la mer était toujours dans tous ses états, et avec cela une sacrée brume du diable à ne pas distinguer un fanal à quatre pas... Ces brumes-là, Monsieur, on se doute pas comme c’est traître...ça ne fait rien, j’ai idée que la Sémillante a dû perdre son gouvernail dans la matinée ; car il n’y a pas de brume qui tienne, sans une avarie, jamais le capitaine ne serait venu s’aplatir ici contre. C’était un rude marin, que nous connaissions tous. Il avait commandé la station en Corse pendant trois ans, et savait sa côte aussi bien que moi, qui ne sait pas autre chose.
* Et à quelle heure pense-t-on que la Sémillante a péri ?
* Ce doit être à midi ; oui, monsieur, en plein midi... Mais dame ! avec la brume de mer, ce plein midi-là ne valait guère mieux qu’une nuit noire comme la gueule d’un loup...
Extraits des Lettres de mon Moulin, L’Agonie de la Sémillante, d’Alphonse Daudet.
En tout les cas, pour nous ce mouillage des Lavezzi en compagnie d’Urs et d’Anne et Frank, nos amis de CABOCHARD, ne fût pas un naufrage, mais restera un excellent souvenir : décor splendide par ses roches aux formes polies par le vent et les vagues, et sauvagerie retrouvée à cette époque de l’année.

AU MOUILLAGE
Dans ce numéro, nos rencontres ont avant tout été faites dans des ports ou des marinas, la côte est de la Sardaigne, au sud d’Olbia, se prêtant moins aux délices du mouillage !
-Bonifacio, matinée ensoleillée mais très ventée de ce début de septembre. Après notre dernière nuit agitée dans la calanque de la Catena (voir l’Amarre No 2), l’accalmie du matin nous voit donc nous réfugier dans la marina. Au bout du dernier ponton au fond du port, repérée le jour précèdent en annexe, se trouve une place bien abritée, entre un bateau de plongée et un pointu (bateau de pêche typique de Méditerranée). Alertés à la VHF (radio utilisée en marine, qui permet de parler de bateau à bateau, ou de côte à bateau et vice-versa, avec une portée, sans obstacle, d’une vingtaine de milles) par notre ami Jim, l’équipage du pointu CABOCHARD nous attend pour nous aider à nous amarrer.
Anne, française du nord, et Frank, de mère corse, ont fait le tour de la Méditerranée sur leur pointu, qui n’est pas vraiment conçu pour vivre à bord ! Frank, 35 ans et plongeur émérite, a eu la jambe droite amputée au-dessus du genou à l’âge de 18 ans, suite à un accident au militaire, mais son agilité et son naturel font que sa prothèse ne se remarque même pas. Grâce à eux, durant cette semaine passée à leur côté, nous irons manger des spécialités corses, en leur compagnie et avec celle d’équipages de bateaux canadiens, américains, australiens et français, tous voyageurs au long cour, dans un restaurant perdu dans la lande, près du phare du cap Pertuzato, et fréquenté par la seule population locale.
-Arbatax, sur la côte est de la Sardaigne, port commercial important jusqu’il y a trois ans et la fermeture d’une grande usine, se consacre maintenant à la pêche et à l’aquaculture. A notre arrivée ici, un des bouts fixant notre zodiac sur les bossoirs (portique métallique à l’arrière ou sur le côté d’un bateau et servant à porter l‘annexe) a lâché, et l’angle vif du support de notre échelle de plongée a vilainement tailladé le boudin gauche de notre dinghy. Venus avec un vent forcissant, nous nous amarrons le long du quai public, à côté des pêcheurs. Puis le lendemain nous voit tourner à la recherche d’un spécialiste capable de réparer proprement notre pneumatique quasiment neuf. En fin d’après-midi, admirant de notre bateau les couleurs du ciel, nous voyons arriver un voilier battant pavillon suisse, qui après un tour dans notre partie du port, va s’amarrer à la marina en face. Au coucher du soleil, nous allons nous y promener, pour constater qu’ANEGADA est immatriculé à Bâle, donc qu’il s’agit très certainement de romands ! Nous entamons la discussion avec l’équipage, un couple autour de la cinquantaine rinçant à grands jets le sel déposé sur le pont, et celui-ci nous invite pour l’apéro un peu plus tard.
Pierre et Nicole ramènent leur bateau de Sicile à la Côte d’Azur, après l’avoir laissé l’hiver précèdent en Tunisie. Très sympas, ils nous prêtent leur guide maritime d’Afrique du Nord, et une carte de détail nous manquants.
-Cagliari, au sud de la Sardaigne, et plus grand port de l’île, nous accueille à son quai public (donc gratuit !) et dans ses eaux pour une fois non pas turquoises, mais franchement sales ! Une semaine après la fin de manoeuvres de l’OTAN, qui ont vu celles-ci remplir le port de navires de guerre, nous voici amarrés près des remorqueurs, bateaux pilotes, gardes-côtes et autres vedettes de carabinieri. Là, dans le coin le plus reculé de ce grand quai, nous apercevons un voilier d’une dizaine de mètres déjà amarré. C’est JANDRESO, bateau allemand qui connaît quelques problèmes mécaniques. Hochst, son propriétaire, attend une pièce pour son inverseur (nom de la boite à vitesse pour les moteurs marins). Naviguant en solitaire depuis trois ans, il a déjà fait deux aller et retour mer du Nord-Méditerranée, et se rend aux Baléares pour y hiverner.
La semaine suivante, nous voyons arriver à ce même quai HARROW, voilier hollandais avec à son bord Alina, Roland et leur petite Sarah, quatre ans. Arrivant des Baléares, ils se rendent en Grèce, également pour l’hiver, avec comme projet d’éventuellement s’installer à Rhodes.
Indépendamment de son intense activité maritime, qui voit chaque jour les mouvements de plusieurs ferries et cargos, le port de Cagliari vit continuellement : ainsi, de l’aube à la nuit noire, les pêcheurs à la ligne se succèdent sur ses quais, pendant que leur dame, armée de patience et de résignation, attend assise dans la voiture, en fumant cigarette sur cigarette. Quel étonnant divertissement pour ces femmes ! ! !
-Bizerte, sur la côte nord de la Tunisie, est un des ports permettant de remplir les formalités d’entrée dans le pays, et notre premier contact africain. C’est dans sa petite marina que nous rencontrons SARABANDE, First 42, voilier français avec à son bord Daniel et Mireille. Repartis de Bizerte en leur compagnie le surlendemain de notre arrivée, nous avons fait une navigation de concert fort sympathique jusqu'à Sidi Bou Saïd, la première marina construite en Tunisie, située au pied des ruines de Carthage et à une demie heure de Tunis. Ils nous font la bonne surprise de nous offrir un poisson pêcher en route, comme de notre côté, nous avons une fois de plus en vain, laisser traîner une ligne ! Comme ils vont également hiverner à Monastir, nos sillages vont certainement se recroiser.
RUBRICOLO
-Avis aux grimpeurs, montagnards et autres spéléologues : ne jetez pas vos vieilles cordes, surtout dès 10 mm de diamètre et plus de 30 mètres de long, elles pourraient faire le bonheur de voyageurs à voile !
-Un drap-housse usé, déchiré ? Conservez le, il habillera parfaitement nos défenses !
-Vous êtes de grands lecteurs devant l’Eternel, et comme depuis longtemps vous n’avez plus de place dans votre bibliothèque vous éliminez au fur et à mesure de vos lectures, alors plutôt que de jeter le dernier roman qui vous a plu, faites le connaître à travers le monde par l’intermédiaire des voileux !