

L’AMARRE
No 2 2 octobre 1998
LE journal du bord qui paraît quand et où il peut !
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L’EDIT’EAU « Ceux qui croient qu’ils ont beaucoup de temps ne se préparent qu’au moment de la mort. Ils sont alors ravagés par les regrets. Mais n’est-il pas bien trop tard ? » Ces paroles du grand maître bouddhiste Padmasambhava sont toujours d’actualité, comme il est triste de constater que la plupart d’entre nous ne commencent à apprécier leur vie que lorsqu’ils sont sur le point de mourir ! Pourquoi toujours repousser à plus tard le bonheur, alors que celui-ci est fait de chaque jour, chaque minute, chaque seconde qui s’écoule, et que rien ni personne ne peut rattraper le temps perdu. Alors n’attendez pas, et venez partager avec nous quelques moments de bien-être. TiTOM |
AU MOUILLAGE Dans cette rubrique régulière, nous vous conterons les rencontres faites lors de ces ancrages, parfois longtemps espérés, souvent exceptionnel-lement beaux, et toujours surprenants. -Porquerolles (Iles d’Hyères), baie du Langoustier, bain de soleil matinal à observer les voiliers se balançant paresseusement sur cette eau transparente. Une annexe se dirige doucement vers nous, poussée par son petit moteur. A son bord, un jeune homme, châtain clair, dans la trentaine. Manifestement, il arrive du voilier jaune battant pavillon suisse ancré à quelques brasses de TiTOM. -« Salut, vous venez d’où ? », et nous voilà partis en grande discussion devant une tasse de thé. Vincent, biologiste lausannois, et sa compagne, reviennent de quatre ans de tour du monde. |
Potins mondains Du 15 au 22 août, TITOM a reçu à son bord Hélène, Estelle et Georges, embarqués le 15 au soir à CALVI. Ancrage dans la baie sur une eau turquoise et transparente, avec (cela devient déjà une habitude sur TITOM) un soleil éclatant. Ce n’est pas moins qu’un feu d’artifice sur la citadelle qui accueille nos amis ce samedi soir. Une semaine de petits airs, risées Perkins (moteur...), et de mouillages plus ou moins fréquentés, saison oblige, nous a menés jusqu'à AJACCIO. Sauvage, découpée, belle et variée, cette portion de la côte Corse, ouverte aux vents d’ouest dominants, agressée par la houle qui a pu être levée par le mistral, est quasiment dépourvue de ports, et demande donc de la prudence et un suivi actif de la météo (merci au Crossmed et à ses bulletins sur la VHF !). Visite surprise de Rose-Marie (maman de Christa) du 4 au 14 septembre, avec découverte de l’intérieur du pays et quelques jours sur TiTOM entre PORTO VECCHIO et BONIFACIO. |
AU MOUILLAGE (suite)
Partis de Bretagne à deux, sa femme est rentrée depuis Madère pour accoucher, avant de le rejoindre à deux en avion pendant qu’il traversait l’Atlantique avec des amis. Puis c’est rapidement le Pacifique par Panama, les Marquises, l’Australie (avec une nouvelle « halte bébé ») et l’Asie. Là, ils passent par l’Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande, avant de revenir via le Sri Lanka, les Maldives, la traversée de l’Indien et la mer Rouge. Et les voilà donc, partis à deux, de retour à quatre, avec de surcroît les parents de madame pour quelques jours dans les îles d’Hyères !
-Marine d’Elbo, superbe mouillage « cocotier » dans la réserve de Scandola (ouest corse, entre Calvi et Ajaccio), où les bateaux ne sont pas autorisés plus de 24 heures. (Mouillage cocotier : ancre à l’avant et bout à terre à l’arrière).Vu la période, (18 août), nous avons pris soin d’arriver le matin déjà, pour bénéficier d’une petite place dans cette calanque étroite et très convoitée où quatre à cinq bateaux tiennent tout juste ! Une fois notre bout solidement fixé à terre, Hélène, Estelle et Georges se baladent sur la plage, alors que nous préparons le déjeuner. Puis, tout le monde apprécie celui-ci, tout en observant un voilier mouillant juste devant TiTOM. Ce bateau n’ayant pas son annexe à l’eau, et s’approchant d’un peu trop près au goût du « captain », celui-ci décide d’aller leur donner un coup de main avec notre dinghy déjà prêt, pour mettre un bout à terre. Et c’est en arrivant à sa poupe que, bon sang, mais c’est bien sur... Antoinette et Pascal (amis du club alpin) avec leur trois enfants et deux autres couples, sur le voilier du frère à Pascal ! Décidément, une fois de plus, que le monde est petit ! ! !
-Campomoro (5 milles au sud-ouest de Propriano), est une large baie ourlée d’une plage de sable fin, et bien protégée du libeccio (vent du SW), fréquent en cette saison. Quelques maisons et une petite église éclatante de blancheur apparaissent entre les bouquets d’acacias et de lauriers roses. Un promontoire rocheux surmonté d’une vieille tour génoise (la plus importante de l’île) en ferme l’extrémité SW, pour former l’un des plus beaux mouillages de l’île dans une eau translucide. Et de fait, lorsque nous y pénétrons ce jeudi 27 août, quelques bateaux se balancent déjà à l’ancre. La météo du soir donnant un avis de grand frais pour le lendemain, le « captain » a un excellent prétexte pour relâcher un jour ou deux dans cette belle baie. Le lendemain matin, après une ballade à la tour génoise et le long de la côte, nous recevons la visite d’une annexe avec, à son bord, le capitaine de notre voisin le plus proche, le voilier PAT. En remontant de Bonifaccio, Gilbert a pêché un thon de 30 kg, et du coup, en distribue à tout le mouillage ! PAT, bateau acier de 11 mètres, a été construit par son capitaine, chaudronnier de formation et enseignant dans un lycée professionnel. Depuis plus de huit ans, Gilbert, sa femme Kathy (américaine) et leurs enfants Cécile (11 ans) et Jean-Loup (7 ans et qui donc n’a connu que ça) vivent à bord, en rade de Toulon pendant l’année scolaire, et de navigations sardes en vagabondages corses pendant les vacances.
-L’anse d’Arana (entre Propriano et Bonifacio) est notre destination finale ce 29 août, la houle de NW nous ayant dissuadé, après visite des lieux, de passer la nuit à rouler dans l’anse de Scoglio Blanco ! Trois voiliers sont déjà éparpillés dans cette crique encadrée de quelques jolies plages de sable rose coupées de rocailles. Après évitement de quelques roches à fleur d’eau, et avec les conseils avisés d’un véliplanchiste à poil !, nous mouillons l’ancre par 3 mètres d’eau, avec une corde de 80 mètres à terre sur l’arrière (merci Jacques P.A., ce n’est déjà plus la première fois et très loin d’être la dernière que nous pensons à toi !). Puis, départ en annexe pour une petite balade photographique, le soleil s’abaissant doucement sur l’horizon. Au retour, passant à l’arrière d’un étrange voilier ressemblant quelque peu à une péniche mâtée, son occupant nous hèle à grands signes de la main. C’est notre véliplanchiste de tout à l’heure, toujours aussi dénudé, qui nous invite pour l’apéro. Mike, la septantaine, british pur sang, vit sur un bateau depuis 1956 (oui, vous avez bien lu, cinquante-six !). MAEEVI, 13 m par 4,50 m, est le dernier en date. Mike l’a construit en ferro-ciment en 1972, et depuis, chaque été, il arpente la Méditerranée avec son chat « Stumble » (Trébuche). Solidement amarré de tous côtés depuis plus de deux mois, il apprécie et déguste ce petit coin de paradis.
Voilà un bien curieux et sympathique personnage, dont la philosophie pourrait en faire pâlir plus d’un(e) ! En tout les cas, un moment très agréable passé en sa compagnie.
Golfe de Rondinara (entre Porto-Vecchio et Bonifacio), très belle baie presque circulaire abritée des vents dominants, avec des fonds modérés de sable blanc, qui ne font que mieux ressortir son eau transparente. Premier mouillage pour Rose-Marie (la maman de Christa), qui a passé sa première nuit à bord au port de Porto-Vecchio. Après baignade dans l’après-midi, c’est la (déjà presque) traditionnelle promenade en dinghy autour de la baie, avant le retour à bord pour l’apéritif ! Nos voisins immédiat, manifestement également voilier de voyage, se baladent aussi, et passe près de nous, leur petite fille de 18 mois en figure de proue de leur annexe. Salutations et questions habituelles : Isabelle et Christophe malgré le pavillon français arboré par STELLINA, viennent de Vevey. Nous les invitons à bord pour l’apéro et faire plus ample connaissance. Après 3 ans de vie commune sur STELLINA dans le port de la Pichette (Vevey), ils ont traversé le Léman jusqu'à Evian, avec Marion, alors âgée de 6 mois, sous les yeux de leurs parents et amis. De là, ils ont chargé le bateau sur un camion à destination de Mâcon s/Saône, d’où ils ont rejoint le Grau-du-Roi. Depuis, après un hiver en Camargue, ils ont navigué le long de la Côte d’Azur, puis en Corse, sans se presser et en faisant de longues escales. Leur projet étant de passer l’hiver en Tunisie, nos sillages vont certainement se recouper. Et ce vendredi 11 septembre, c’est après un petit-déjeuner sur STELLINA en leur compagnie que nous quittons ce très beau mouillage, à destination de Bonifacio, via les Lavezzi.
-Calanque de la Catena (Bonifacio), où nous arrivons après avoir essuyé un grain au large des Lavezzi. Au fond de la Calanque et déjà mouillés, qui voilà ? Nos amis June et Jim de CANADIAN SUNSET, voilier que nous avons rencontré à Port St-Louis, et qui naviguent depuis 9 ans. Jim s’empresse de venir porter à terre notre bout, pendant que nous mouillons l’ancre. Comme d’habitude apéro pour nos retrouvailles.
Bien nous en a pris d’être venus nous réfugier à Bonifacio, car la météo, qui annonçait un coup de vent pour la nuit de vendredi à samedi, se confirme. Durant la nuit, entendant le vent augmenter, nous nous levons à tour de rôle pour vérifier la tenue de notre ancre, ce qui s’avère à nouveau judicieux, car celle-ci, une CQR (sorte d’ancre) de 22 kg, au bout de 35 mètres de chaîne de 10 (diamètre en mm) a effectivement dérapé, et nous nous rapprochons dangereusement de la terre. Réveillé, Jim vient à notre aide, et nous nous mettons à couple de CANADIAN SUNSET pour poser une seconde ancre, puis nous terminons seuls avec la pose d’une troisième ancre. Pascal termine la nuit en somnolant dans le cokpit, par sécurité, et le lendemain matin, avec (suite page 7) l’accalmie du lever du jour, nous en profitons pour nous amarrer à la marina, où nous restons bloqués pendant 6 jours, avec des vents violents (jusqu'à force 11 !) et une mer forte à très forte (jusqu'à 4 à 5 mètres de creux).
C’est dans ces moments là que nous apprécions d’avoir du temps devant nous !
PAGES CORSES
La corse, que les Grecs surnommèrent Kalliste, (la plus belle), est une île de 8725km2 dressée au milieu de la Méditerranée comme un gros rocher au relief accidenté. Hautes montagnes, vallées encaissées, plaines côtières... Autant de paysages recouverts d’une végétation riche et variée. Des pins parasols au maquis, (a macchia), composé de plantes vivaces et odorante, (myrte, ciste, bruyère, genêt, lavande), l’île de Beauté possède une nature sauvage et préservée.
Un peu d’histoire
La « Dame de Bonifacio » atteste d’une présence humaine en Corse vieille de 7000 ans. Les civilisations qui se sont succédées dès lors ont du faire face à la convoitise des peuples méditerranéens. Dans l’Antiquité, les Phéniciens puis les Grecs ont abordé les rivages accueillants de l’île, il en reste des vestiges archéologiques ; les Romains qui ont pris le relais ont fondé des villes, Alalia, Mariana... sans jamais pouvoir s’implanter durablement.
La République de Pise puis les Génois ont eu à charge l’administration de la Corse, du Moyen Age à la Renaissance. Cette période sombre de l’histoire insulaire a été marquée par de nombreuses révoltes populaires, réprimées dans le sang, la conscience national a commencé à poindre sous le joug italien. En ces temps troublés c’est de la mer que venait le plus grand péril : les razzias sarrasines. Les tours génoises (plus rarement pisanes) qui ceinturent le littoral, témoignent encore aujourd’hui de la terreur que représentaient les barbaresques.
En 1755 Pasquale Paoli, élu général de la nation par des patriotes insurgés, prend le pouvoir et institue une République dont la Constitution affirme déjà : « Tous les hommes naissent libres et égaux en droits ». En 1762, la tête de maure devient emblème national et l’université de Corte ouvre ses portes en 1765. Cependant, les pressions étrangères demeurent, et après quarante années de guerre, la Corse devient française en 1769.
Au XIX siècle, la misère règne sur toute l’île, beaucoup de Corses émigrent vers les pays d’Amérique du Sud ou vers les colonies. Cependant, on ne retient de cette période que l’image romanesque rapportée par Balzac ou Mérimée, les légendaires bandits d’honneur échauffent les esprits.
La Corse va payer un lourd tribut (20'000 morts) lors de la Grande Guerre. En 39-45, les patriotes vont permettre, dès 1943, à la Corse d’être le premier département français à « s’auto-libérer ». Depuis, du régionalisme au nationalisme, l’île de Beauté cherche à affirmer son identité pour mieux protéger ses richesses et les voir fructifier.
Tourisme
Région de la Balagne
« Aucune région du monde ne donne une plus puissante impression de richesse. La vallée est un verger d’oliviers, de figuiers, d’orangers... »
Cette
description,
signée
Ardouin-Aumaz
remonte
au
19e
siècle
et
s’applique
à
la
Balagne.
Si
aujourd’hui,
elle
n’est
plus
« jardin
de
la
Corse »,
elle
demeure
toujours
fertile
et
lumineuse
dans
son
amphithéâtre
de
collines
et
de
plaines.
A l’ombre de sa citadelle construite par les Génois, Calvi se baigne dans la légende de Christophe Colomb dont on dit qu’elle fut sa ville natale.
Ici, sur 40 kilomètres de rivages, des marines sont les perles d’un collier de plages incomparables. Dans ce décor se nichent des villages-crèches comme Sant’Antonio ou Pigna qui a su ressusciter les activités artisanales.
Au centre : Niolo, Corte et le Venacais
Corte, s’est tout le visage de la Corse profonde. Au cœur de l’Ile, la cité accrochée à la montagne a le privilège de pouvoir porter son regard sur les deux versants, au-delà et en deçà des monts.
Sa gloire est la citadelle que construisit en 1420, Vincent Vincentello d’Istria vice-roi d’Aragon.
Deux sites d’une sauvage beauté flanquent la ville : d’une part, la vallée de la Restonica qui mène au lac de Melo et d’autre part, les gorges du Tavignano.
Le Cortenais le Venacais et le Niolo ont un dénominateur commun : la vie pastorale. Les bergers sont les seigneurs de cette région dont le fromage jouit d’une renommée bien méritée.
Entre Corte et le Niolo - la Scala de Santa Regina, échancrure de10km dans la roche, est aussi éclatante qu’une œuvre d’art.
Région de la Castagniccia
Nous voici dans les hautes terres de l’histoire insulaire. La Casta-gniccia mérite bien son titre de « Vallée des Corses ». Elle doit son nom à sa châtaigneraie quasi mythique qui couvre aujourd’hui encore des milliers d’hectares.
Ajaccio et le Côté Occidental
Depuis 500 ans, la cité impériale est accoudée au plus beau golfe du monde, à quelques encâblures des Iles Sanguinaires, aux extraordinaires coloris rougeâtres. Plus au nord, Cargèse la Grecque, les Calanques de Piana, fantastique paysage minéral, Porto, la presqu’île de Girolata que l’Unesco classe parmi les merveilles du monde et la réserve naturelle de Scandola.
L’itinéraire passe de la mer à la montagne, glissant dans les gorges de la Spelunca.
Bonifacio
La plus génoise des cités insulaires a ses fidèles venus du monde entier pour admirer sa citadelle et ses falaises aux 197 marches : elles furent taillée en pleine nuit dans le roc par les sapeurs du roi d’Aragon pour lui permettre d’accéder à la mer.
REPERES
-Baie de Calvi :
Bouées d’amarrage à l’extérieur du port, payantes en saison, et où vous avez la bonne surprise le matin de voir arriver le boulanger en bateau !
-Baie de Campomoro :
Idem qu’à Calvi, mais sans bouées et à l’ancre (donc gratuit) en tout aussi beau et plus sauvage.
-Ajaccio, Musée Fesch :
Ce musée est installé dans le Palais Fesch (Cardinal Fesch, oncle maternel de Napoléon 1er), construit à partir de 1827, et recèle une fabuleuse collection de peintures italiennes, la plus importante en France après celle du Louvre.
-Corte, restaurant Le Plat d’Or : accueil sympa, bonne cuisine et prix corrects.
-Calacuccia, restaurant du Lac : très bon accueil avec cuisine corse typique.